Connaissez-vous le Flipper Zero ?
C’est un petit outil multifonction, portable, blanc et orange, pour geek, avec un petit écran de 1,4 pouce.
Ce petit appareil, à l’apparence ludique grâce à son écran et sa mascotte de dauphin pixelisé, cache cependant des fonctionnalités puissantes.
Au Canada, l’engouement pour le Flipper Zero suit une tendance mondiale. Des communautés de passionnés se forment autour du dispositif, notamment à Montréal, Toronto, Vancouver et Ottawa. Des meetups de bidouilleurs et des ateliers de cybersécurité y sont organisés régulièrement, où le Flipper Zero figure en bonne place.
L’appareil a été développé par Alex Kulagin et Pavel Zhovner en 2019.
Il y a toute une panoplie de vidéos disponibles sur des chaînes Youtube et TikTok sur les capacités du Flipper Zero. Il est apparu en août 2020 via une populaire campagne de financement sur Kickstarter. C’est 18 mois plus tard, au printemps 2022, que les premiers appareils ont été livrés aux bailleurs de fonds.
Depuis son lancement, le Flipper Zero s’est imposé comme un outil polyvalent prisé par les amateurs d’électronique, les hackers éthiques et les passionnés de cybersécurité.
Décrié par certains comme un dispositif de piratage, célébré par d’autres comme un outil éducatif, le Flipper Zero soulève de nombreuses questions, en particulier en sol canadien, où les discussions autour de la cybersécurité, de la vie privée et de la légalité prennent de plus en plus de place dans l’espace public.
Le Flipper Zero est un outil tellement puissant que certains se demandent même pourquoi ce n’est pas illégal d’en posséder un au Canada. Pourtant, en ce sens, dans le but de combattre le vol de véhicules au Canada, le gouvernement canadien avait annoncé en février 2024 son intention de bannir totalement la vente de ce genre de dispositif, leur importation et leur utilisation, sur son territoire. Puis, un mois plus tard, le gouvernement s’est rétracté en voulant simplement interdire l’utilisation du Flipper Zero pour voler des véhicules.
L’utilisation du Flipper Zero au Canada est donc soumise à plusieurs cadres juridiques, en particulier la Loi sur la radiocommunication, le Code criminel et la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (LPRPDE).
Au niveau du code criminel canadien, toute tentative de clonage de carte d’accès ou d’intrusion dans un système électronique sans autorisation constitue une infraction en soi. Peu importe que l’outil utilisé soit un Flipper Zero, un smartphone ou tout autre dispositif.
Au niveau de la loi sur la radiocommunication au Canada, la réémission de signaux radio non autorisée peut enfreindre les normes d’Industrie Canada, maintenant ISED – Innovation, Sciences et Développement économique Canada).
Pour la LPRPDE, en contexte professionnel, l’utilisation de tels outils doit être encadrée pour éviter toute atteinte à la vie privée ou à la sécurité des données.
Ainsi, l’appareil en lui-même n’est pas illégal en sol canadien, mais son usage peut rapidement le devenir, selon l’intention et le contexte.
Bon, c’est un outil puissant ce bidule, mais ça peut faire quoi, un Flipper Zero, qu’est-ce que c’est vraiment ?
Derrière son design rétro, le Flipper Zero est un véritable couteau suisse électronique. Il est capable de lire, de stocker et d’émettre des signaux provenant de diverses sources : RFID, NFC, Bluetooth, infrarouge, et radiofréquence (Sub-1GHz). Cela lui permet d’interagir avec une large gamme d’appareils du quotidien : cartes d’accès d’immeubles, télécommandes de garage, cartes de transport, voire même certains systèmes domotiques.
Concrètement, il est capable de beaucoup de choses, dont certaines vont grandement vous inquiéter :
- Intercepter le signal sans fil qu’envoie votre clé portative pour débarrer votre voiture
- Émettre un signal similaire à celui de votre télécommande ouvrant votre porte de garage
- Cloner des cartes bancaires
- Cloner des cartes d’accès à des édifices
- Cloner des cartes de chambres d’hôtel
- Cloner des cartes de transports en commun
- Changer le prix d’un item en rayon, dans des commerces qui utilisent l’affichage numérique de prix
Ne vous inquiétez pas, la plupart des fabricants se mettent à jour afin de contrer les prouesses dont est capable le Flipper Zero, qui lui aussi se met à jour régulièrement, tout comme son app disponible sous Anroid et dans l’Apple Store.
La technologie contenue dans le Flipper Zero n’est pas très nouvelle en soi, tout ce qu’il fait, c’est de combiner plusieurs fonctions dans un seul petit appareil portable.
Si vous vous y connaissez en électronique, vous êtes capable de reproduire chaque fonction du Flipper Zero avec des composantes achetées de chez Temu, Ali Express ou du revendeur montréalais ABRA Electronics et de faire un peu de programmation. Si vous vous n’y connaissez pas assez en programmation, ChatGPT ou autre outil d’intelligence artificielle peut vous aider.
Pour les professionnels de la cybersécurité, le Flipper Zero constitue un outil d’expérimentation efficace. Son faible coût, sa portabilité et sa compatibilité avec des scripts personnalisés en font un allié de choix pour des tests rapides.
Pour les étudiants en informatique ou en électronique, c’est aussi un excellent levier pédagogique. Plusieurs universités canadiennes l’intègrent d’ailleurs à leurs programmes de cybersécurité, en l’utilisant dans des laboratoires pour simuler des attaques ou étudier les systèmes RFID.
Le Flipper Zero ouvre beaucoup de portes, et ce, tant au sens figuré qu’au sens littéral. Mais, nous jugerons que c’est à la société canadienne de décider comment ces outils technologiques doivent être utilisés.
Pour plus d’informations sur ce petit outil aux multiples aspects, consultez le site Internet officiel de Flipper Zero.
Pour des informations très techniques sur le Flipper Zero, consultez cette page Wikipedia.
